Si vous avez l’habitude de grincer des dents, vous devez y mettre un terme.

Par Ann Chandler

Vous grincez des dents ?

Zahara Hasham, maman de deux enfants et technologue en IRM à temps partiel, savait qu’elle grinçait des dents. « Mon mari se plaignait du bruit que je faisais la nuit », confie la femme de Vancouver qui, en conséquence de cette habitude, s’est cassé une dent et a dû subir un traitement de canal d’urgence.

En tant qu’hygiéniste dentaire, j’ai vu de nombreux patients souffrant des effets indésirables de cette habitude, que les médecins appellent « bruxisme » et qui s’est répandue au cours des dernières années, peut-être en conséquence du rythme effréné et du stress de la vie moderne. Le bruxisme centré – qui consiste à serrer les dents sans mouvement latéral - ne devrait pas être considéré comme une habitude sans danger. La force de morsure d’un adulte peut atteindre les 15 kg au centimètre carré. Si vous grincez des dents de manière régulière, cette force exercera un effet néfaste non seulement sur les dents et les structures qui les soutiennent, mais aussi sur les muscles, les tendons, les ligaments et les articulations de la mâchoire, du crâne, du cou et des épaules. Durant le sommeil, le serrement s’accompagne parfois d’un grincement, mouvement d’avant en arrière et latéral des dents frottant les unes contre les autres. Chez certains, cela peut se produire le jour, mais c’est plus fréquent la nuit, ce qui peut constituer un problème pour le conjoint, comme c’était le cas du mari de Zahara Hasham. Si le problème n’est pas traité, l’émail des dents peut s’abîmer, exposant la couche de dentine molle, sensible et sujette à la carie. Bien qu’environ 8% des Canadiens disent être conscients de grincer des dents durant la nuit, de nombreux cas ne sont pas rapportés et, par conséquent, ce pourcentage pourrait être beaucoup plus élevé. Que les patients en soient conscients ou non, les signes de bruxisme sont évidents : sensibilité dentaire intermittente; maux de dents inexpliqués; dents cassées ou ébréchées; fêlures; surfaces des dents planes; déchaussement; claquement de l’articulation ou douleur; difficulté à mastiquer ou à ouvrir grand la bouche. On ne s’étonnera pas que les bruxomanes se plaignent de raideur et de sensibilité à la nuque et aux épaules, de maux de tête et de maux d’oreille inexpliqués.

Parmi les causes qui contribuent à ce problème, mentionnons le stress, un mauvais alignement des dents, des travaux dentaires mal conduits, un traumatisme antérieur dans la région de la tête et du cou, et des affections telles que la maladie de Parkinson ou de Huntington. Des chercheurs l’ont également associé à l’apnée du sommeil (arrêt temporaire de la respiration durant le sommeil) et à l’usage de certains antidépresseurs. Les résultats d’études menées à l’université de Montréal par le docteur Gilles Lavigne, dentiste et expert en matière de troubles du sommeil et de douleur, dont le service est reconnu à l’échelle internationale pour ses travaux de pointe sur le bruxisme du sommeil, indiquent que l’activité du tronc cérébral influe sur le grincement des dents.

Quand Zahara Hasham a consulté Cathy Russell, physiothérapeute de Vancouver qui se spécialise dans le traitement de troubles résultant du bruxisme, cette dernière savait très bien de quoi elle parlait : la majorité de ses patients la consultent pour la même raison. Ils souffrent de dysfonctionnement de l’appareil manducateur (DAM), trouble qui touche l’articulation temporomandibulaire. Le bruxisme mène souvent au DAM, qui se traduit par de la raideur et de la douleur au niveau de l’articulation temporomandibulaire se trouvant devant l’oreille (et qui permet à la mâchoire inférieure de se déplacer vers le haut, vers le bas ou latéralement), ainsi que par des craquements ou des ressauts à l’ouverture de la bouche. Dans les cas les plus graves, l’articulation est tellement enflammée que le patient ne peut ouvrir la bouche que de quelques millimètres. Le docteur Ron Smith, dentiste pratiquant à Duncan (C.-B.), conseille le port d’une plaque occlusale, appareil en plastique moulé sur mesure qui est ajusté sur les dents. Cet appareil destiné à être porté durant le sommeil a deux fonctions: protéger les dents contre une usure ultérieure et réduire la pression qui s’exerce sur elles en absorbant les forces les plus importantes. « Les patients se sentent beaucoup mieux quand ils commencent à le porter », précise le dentiste, qui observe des signes de bruxisme chez environ 20% de ses patients. Le prix de cet appareil, qui varie selon la province, peut s’élever à quelques centaines de dollars. De nombreux régimes d’assurance couvrent les coûts. Quiconque grince des dents ou les serre involontairement devrait porter cet appareil afin de prévenir des dommages ultérieurs; parlez-en à votre dentiste.

Toutefois, le traitement ne devrait pas s’arrêter là. Cathy Russell fait partie de cette nouvelle génération de praticiens de la santé qui ont recours à une approche intégrée pour comprendre les nombreux autres symptômes, causes et traitements du DAM. Les approches qui peuvent contribuer à atténuer les spasmes et la raideur musculaire, et à rétablir la fonction de l’articulation sont nombreuses et comprennent l’acupuncture, la massothérapie, la physiothérapie, la méditation, voire même l’hypnose. Quand elle n’est pas dans sa clinique, la physiothérapeute s’affaire à informer les professionnels de la santé et le public au cours de colloques qu’elle ponctue de son humour écossais coloré (elle se présente parfois habillée en Fée des dents). C’est sa manière à elle de souligner l’importance pour les patients de maîtriser les techniques de réduction du stress, dont l’humour.

Le traitement de Pansy Jang contre le bruxisme et le DAM dépend des résultats de l’analyse complète des antécédents médicaux du patient, y compris de sa santé dentaire. Praticienne accréditée en médecine traditionnelle chinoise, acupunctrice et massothérapeute exerçant à New Westminster (C.-.B.), celle qui détient également un diplôme en ostéopathie voit le corps comme un tout. « Le dysfonctionnement de l’articulation de la mâchoire résulte parfois d’une mauvaise posture, de troubles digestifs ou de traumatismes tant physiques que psychologiques », explique-t-elle. Elle conjugue généralement l’ostéopathie, le massage craniosacral, l’acupuncture, le massage, la médecine traditionnelle chinoise et, parfois, l’hypnothérapie. Elle encourage ses patients à pratiquer des techniques telles que la méditation et la pleine conscience, afin de réduire la réponse de l’organisme au stress.

Cathy Russell qui, depuis plus de 15 ans, se spécialise dans le traitement du DAM et du bruxisme par la physiothérapie et la thérapie craniosacrale explique que, souvent, les patients ne font pas le lien entre des incidents de leur passé et leurs problèmes actuels. Elle en sait quelque chose : elle a elle-même souffert du DAM en conséquence d’une blessure à la mâchoire à cinq ans et de trois traumatismes cervicaux. « Un accident de voiture ou une blessure sportive dans le passé, un traumatisme à la tête dans l’enfance, voire une naissance difficile peuvent prédisposer les gens aux symptômes du DAM, lesquels pourraient ne pas apparaître dans l’immédiat », explique-t-elle. Elle enseigne également le yoga (dont à certains de ses patients) et met l’accent sur une bonne respiration. Elle souligne que plusieurs de ses patients ont en commun d’autres symptômes, par exemple, sinusite, indigestion, maux de gorge inexpliqués et accumulation de cire dans les oreilles.

Zahara Hasham a consulté Cathy Russell après que son traitement de canal complexe ait mené à des spasmes douloureux de la mâchoire d’une telle intensité qu’elle ne pouvait ouvrir la bouche que d’un ou deux centimètres. Heureusement, au bout de quelques séances de traitement, dont des massages destinés à détendre les muscles de sa bouche et des exercices respiratoires, ses problèmes ont disparu de même que ses fréquents maux de tête.

Ce que vous pouvez faire

▪ Adoptez un mode de vie et des comportements qui atténueront votre stress. Le serrement et le grincement des dents peuvent être le signe d’une anxiété inconsciente, d’un sentiment de colère ou de frustration réprimé, d’apnée du sommeil ou d’un comportement excessivement compétitif.
▪ Plusieurs fois par jour – par exemple, toutes les heures – interrompez vos activités et prenez conscience de votre corps. Serrez-vous les muscles de votre mâchoire?
▪ Prenez l’habitude de détendre consciemment les muscles de votre visage et de votre mâchoire.
▪ Étirez et massez périodiquement votre nuque et vos épaules.
▪ Si votre mâchoire est raide, douloureuse ou claque, évitez les aliments durs ou difficiles à mâcher tels que les noix, les bonbons ou les glaçons, et veillez à ne pas ouvrir la bouche trop grand quand vous bâillez.
▪ Pratiquez cette technique de méditation simple : appuyez la langue contre le palais et fermez la bouche en gardant les dents desserrées. Respirez profondément et lentement par le nez, en répétant intérieurement « Inspire », « Expire » à chaque respiration.
▪ Demandez à votre dentiste de vérifier si vos dents sont abrasées et, le cas échéant, de vous ajuster une plaque occlusale. (Cathy Russell la recommande pour les dents de la mâchoire inférieure).

Crédit photo : Thinkstock

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