Si vos «seins sont denses», la détection d’une tumeur est plus difficile. Voici ce que vous devez savoir pour vous protéger contre le cancer du sein.

Comment la densité du sein affecte votre risque de cancer

La recherche démontre que les femmes aux «seins denses» sont désavantagées par une mammographie de routine pour détecter le cancer du sein. Le tissu mammaire dense, composé plus de conduits galactophores et de glandes mammaires que de tissu adipeux apparaît blanc à la mammographie, comme certaines tumeurs. Repérer un problème est comme «essayer de trouver une aiguille dans une botte de foin», dit la docteure Sharon Bean, une radiologue de VIP Breast Imaging, une clinique privée de Toronto. «Le tissu masque la tumeur», explique-t-elle.

Qui plus est, la recherche prouve que le cancer se développe plus souvent chez des femmes aux seins denses que chez celles à densité faible ou nulle, ce qui en fait un facteur de risque. Une étude réalisée en 2007 par le Princess Margaret Hospital du Toronto de la University Health Network (en collaboration avec le Programme ontarien de dépistage du cancer et le Screening Mammography Program of British Columbia) a constaté que les femmes dont le tissu mammaire est dense sont cinq fois plus susceptibles que celles avec une densité plus faible de recevoir un diagnostic de cancer du sein. Cela en fait un facteur de risque plus important que d'avoir une mère ou une sœur ayant eu le cancer du sein (ce qui, déjà, double presque le risque).

Ann Crawford, 56 ans, de Hamilton en Ontario, peut en attester. Crawford a passé une mammographie en janvier 2009 sans qu’on détecte quoi que ce soit. Quelques mois plus tard, à la fin du printemps, elle a remarqué des nodules sur son sein gauche, sous le mamelon. «Je ne me suis pas inquiétée», dit-elle. «J'avais passé ma mammographie de routine et je n'avais pas d'antécédents familiaux de cancer du sein.» Mais en août, à l’occasion d'une visite habituelle chez son médecin, elle lui en a parlé. Son médecin l'a examinée et l’a renvoyée au centre de dépistage du cancer du sein qui avait fait la mammographie. On lui a fait une échographie mammaire qui a révélé une petite tumeur cachée dans le tissu dense du sein et que la mammographie avait manquée. Malgré la petite taille de la tumeur, certains de ses ganglions lymphatiques étaient touchés.

Comment savoir?

Malheureusement, vous ne pouvez savoir en regardant ou en palpant, si vous avez des seins denses ou pas, explique le Dr Norman Boyd, chercheur principal au Campbell Family Institute for Breast Cancer Research du Princess Margaret Hospital et auteur principal de The Princess Margaret Study. «La seule façon de le savoir est par l'imagerie, c'est-à-dire par mammographie ou imagerie par résonance magnétique [IRM].» Même dans ce cas, on pourrait ne pas vous dire que vos seins sont denses.

Au Canada, les médecins ne sont pas tenus de partager des informations sur la densité mammaire. Bean fait régulièrement état de la présence de tissu mammaire dense dans ses rapports de mammographies, soulignant que «la [densité] diminue l’efficacité de la mammographie, ce qui peut masquer une tumeur.» Mais tous les radiologues n’ajoutent pas ces précisions, dit-elle. Et même lorsque les radiologues attirent l’attention sur ce point dans le rapport envoyé au médecin de famille, l’information n’est pas toujours transmise à la patiente. Résultat: malgré que près de 20 % des femmes aient des seins très denses, la plupart ne le savent pas.

Aux États-Unis, il y a un mouvement pour changer cela. Les États du Connecticut, de Virginie, du Texas et de New York ont récemment adopté des lois exigeant des professionnels de la santé qu’ils informent les femmes quand une mammographie de routine montre que leurs seins sont denses, afin qu'elles demandent des tests complémentaires, si elles le souhaitent. D'autres états, dont la Californie, vont emboîter le pas. Au Canada, le Sénat a ajourné à la deuxième lecture un projet de loi privé sur le sujet (projet de loi C-314) en juin 2012.

Certains médecins disent qu'ils ne souhaitent pas créer d’anxiété exagérée pour leurs patientes, par contre cette omission peut donner aux femmes un faux sentiment de sécurité, surtout lorsqu’elles viennent de subir une mammographie de routine. «Les femmes aux seins denses étaient 18 fois plus susceptibles de trouver un cancer dans leurs seins au cours de la première année après une mammographie, selon l'étude du Princess Margaret Hospital», explique Boyd. «Cela suggère que la mammographie ne l’avait pas révélé.»

Il conseille de demander à votre médecin si vous avez des seins denses. «Les médecins sont plus enclins à être attentifs s'ils savent qu'il y a une demande pour l'information.» Et si votre mère ou votre sœur a les seins denses, il y a plus de chances que les vôtres le soient aussi. «La densité semble être héréditaire», dit Boyd.

Cela dit, ne vous inquiétez pas sans raison si vos seins sont denses, il suffit de savoir que c’est un facteur de risque. «Il faut être un peu plus vigilante», dit Boyd. Cela signifie de vous rendre chez votre médecin si vous remarquez des changements dans vos seins, des bosses, un écoulement provenant du mamelon, une modification de la forme d’un sein, des nodules, des creux dans de la peau ou des variations de la texture de la peau (un épaississement ou une rugosité).

En outre, conseille Boyd, vous voudrez peut-être y réfléchir à deux fois avant d’accepter l'hormonothérapie substitutive combinée (HSC), avec œstrogènes et progestérone. Une étude de 2010 publiée dans le Journal of Clinical Oncology a révélé que les femmes ménopausées ayant une densité mammaire élevée courent déjà un risque accru de cancer du sein et que ce risque est encore accru par l’HSC. «Si vous ne pouvez pas éviter l’HRT, prenez-la pendant la période la plus courte possible», suggère Boyd. «Lorsque vous arrêterez le traitement, la densité diminuera à nouveau.» Si vous présentez des seins denses, ainsi que d’autres facteurs de risque, tels que des antécédents familiaux de cancer du sein, votre médecin pourrait envisager de vous prescrire la tamoxifène, à titre préventif. Elle «diminue la densité et le risque de cancer du sein également», dit Boyd.

Et la suite?

Parallèlement, les recherches se poursuivent sur des tests de dépistage qui détectent mieux les tumeurs dans les seins denses. Les médecins disent que les mammographies ne sont pas près de disparaître, elles permettent de voir encore la majorité des cancers. Mais certains tests, comme l'échographie et l'IRM du sein, peuvent être ajoutés pour les personnes à haut risque.

Cela dit, à moins d’une bonne raison de croire en la présence d’un cancer ou de toute masse cliniquement palpable, vous avez peu de chances qu’on vous offre un tel test dans le cadre de votre régime provincial d’assurance maladie. Si vous pouvez vous rendre à Toronto et êtes prête à débourser 300 $, il existe deux cliniques privées offrant une échographie 3-D du sein avec l’appareil de pointe, ABUS. Une autre clinique devrait ouvrir ses portes ce mois-ci (octobre) à Vancouver. Il y a d'autres cliniques privées à travers le pays qui offrent une échographie mammaire, l'IRM, ainsi que la thermographie du sein. Pour de plus amples informations, allez sur findprivateclinics.ca. Ces tests semblent pouvoir indiquer la présence de tumeurs dans les tissus mammaires denses lorsqu'ils sont utilisés en conjonction avec la mammographie.

«Quand il y a lieu de la pratiquer, l'échographie est importante pour la paix de l'esprit», dit Crawford. En 2009, elle a subi une tumorectomie, suivie d'une chimiothérapie, puis une radiothérapie en 2010. Mais en dépit d’une mammographie sans signe de cancer à l'automne 2011, au printemps de 2012, elle a de nouveau remarqué des nodules, cette fois sur son sein droit. Lors d'un rendez-vous de routine avec son oncologue, elle a demandé une échographie, au cas où. Le spécialiste la lui a refusée, en dépit de son cancer antérieur. Lors d’une visite chez son médecin de famille, pour une piqûre d'insecte infectée, en juin, Crawford a fait état des nodules sur sa poitrine et celui-ci a prescrit une échographie. Heureusement, ce n’était qu’un conduit galactophore élargi.

Néanmoins, conclut Crawford: «S'il y a une chose que j'ai apprise, c'est que vous devez être proactive au sujet de votre santé

Tiré de: Best Health Magazine, octobre 2012. Crédit photo: iStockphoto

Évaluation: 2.9 (8 votes)