À première vue, cela peut sembler contradictoire, mais quand on y regarde de près, on se rend compte que tricher peut effectivement aider à perdre du poids. «C’est très important de tricher», de dire Ramona Josephson, diététicienne autorisée de Vancouver, qui ajoute qu’on arrive beaucoup mieux à respecter son régime quand on relâche la pression à l’occasion.
Breena Fretz, diététicienne en santé publique pour la circonscription sanitaire de Brant à Brantford (Ontario), confirme : «On tient mieux le coup ainsi. A l’inverse, plus on se prive de quelque chose qu’on aime, plus on en veut.»
Ramona Josephson conseille à ses clientes de prendre trois repas et deux collations par jour afin de stabiliser leur glycémie. Manger à des heures irrégulières peut faire grimper la glycémie, ce qui provoque des fringales de sucre et conduit aux excès alimentaires. Elle insiste également sur l’importance d’une alimentation équilibrée : consommez beaucoup de légumes, prenez des protéines à chacun des repas, de même que des glucides le matin et le midi, mais pas nécessairement le soir.
Les diététistes que nous avons interviewés pour cet article ne sont pas tous d’avis que la triche est un bon moyen de perdre du poids. Mais tous s’entendent pour dire qu’il est préférable d’adopter une alimentation saine et équilibrée tout au long de son existence que de pratiquer une restriction calorique excessive ou de se priver de certains groupes alimentaires.
Pour la majorité des gens, cependant, même le régime le mieux conçu devrait laisser place à l’écart occasionnel. «Si vous ne vous permettez pas de tricher, vous éprouverez beaucoup de culpabilité lorsque vous céderez tout de même à la tentation, et cela, précisément, risque que vous faire retomber dans vos mauvaises habitudes», prévient Ramona Josephson.
Calories triche: pas plus de 100 par jour
Donc, tricher c’est d’accord, mais de combien au juste? D’abord, oubliez le buffet de camelote alimentaire où il est possible de consommer une quantité illimité d’aliments tout aussi dangereux les uns que les autres pour la taille. Breena Fretz conseille plutôt de prendre chaque jour une de vos gâteries préférées, en veillant à ne pas dépasser les 100 calories. Par exemple, une petite barre de chocolat ou un seizième de tarte. Quant à Ramona Josephson, elle estime que les calories triche ne devraient pas excéder les 90 par tranche de 1350 calories totales. Vous pouvez les répartir sur la semaine ou les prendre en une seule fois (ce qui correspond à environ 630 calories).
Par contre, demanderez-vous, si on opte pour l’unique triche à 630 calories, est-ce que cela ne risque pas d’affecter le métabolisme? Ramona Josephson affirme que non, pour deux raisons : la triche est modeste et vous mangez bien le reste du temps. «Sur une période d’une semaine, vous prenez 21 repas et 14 collations. Un seul écart sur l’ensemble ne risque donc pas d’influer sur votre métabolisme. Ce qui compte, c’est comment vous mangez tous les jours.»
Surtout, n’essayez pas de compenser votre petite faiblesse en sautant un repas, vous en récolteriez plus de mal que de bien, prévient Breena Fretz. Sauter des repas sur semaine pour s’empiffrer durant la fin de semaine n’aura pour effet que de ralentir le métabolisme : ne sachant quand il peut compter sur un autre repas, le corps s’agrippera aux calories lorsqu’on se décidera enfin à l’alimenter. Lors d’une étude menée auprès de jeunes de deuxième et quatrième année, et publiée en 2007 dans le European Journal of Clinical Nutrition, les chercheurs ont observé que ceux qui sautaient un repas, particulièrement le déjeuner, risquaient plus de faire de l’embonpoint ou de l’obésité que les autres.
Tricher sans en pâtir
- Prolongez le plaisir: Ramona Josephson recommande de diviser en mini portions la gâterie de votre choix : par exemple, cassez en petits morceaux ce fabuleux biscuit aux brisures de chocolat et grignotez-les tout doucement pour en apprécier pleinement et longuement la saveur.
- Allez-y pour le volume : la diététicienne de Vancouver conseille d’opter pour des gâteries offrant beaucoup pour leurs 90 calories : par exemple, quatre tasses de maïs éclaté à l’air chaud sans gras, plutôt que huit croustilles de pomme de terre, ou 125 ml de sorbet plutôt que 60 ml de crème glacée riche.
- Faites-en un événement spécial : évitez de prendre votre petite douceur devant la télé ou à l’ordinateur, l’esprit complètement absent. «Prenez votre temps, asseyez-vous et restez consciente de ce que vous faites. Servez votre mini pointe de tarte dans une jolie assiette», conseille Breena Fretz.
- Surveillez vos portions: certaines personnes ont du mal à s’arrêter, explique la docteure Janet Polivy, professeure de psychologie et de psychiatrie à l’université de Toronto. Son conseil : divisez votre gâterie en portions appropriées, enveloppez-les individuellement, rangez-les dans un endroit difficile d’accès et n’en sortez qu’une à la fois.
- Évitez vos points faibles: c’est-à-dire ces aliments que vous ne pouvez vous arrêter de consommer. S’il vous suffit de manger une ou deux croustilles pour vous donner envie d’avaler tout le contenu du sac, n’en gardez pas à la maison. Ou reprogrammez-vous de manière à apprécier une gâterie moins calorique, par exemple des galettes de riz aromatisées au caramel.
- Retournez rapidement à la case départ. Aussitôt votre petite fringale satisfaite, reprenez vos bonnes habitudes. «Plus vous prendrez de sucre et de gras, plus vous en voudrez», rappelle Ramona Josephson. Si vous vous écartez de la route, ce qui arrive a tout le monde un jour ou l’autre, ne perdez pas votre temps à vous faire des reproches, ajoute Breena Fretz. Ça ira mieux demain. Remettez-vous tout simplement sur le droit chemin.
Est-ce mauvais de tricher?
Lesley Burgess, diététicienne autorisée de St. John’s, et Denise Hargove, également diététicienne et directrice du service de promotion sanitaire à la base des Forces canadiennes de Kingston (Ontario), ne sont pas très favorables à cette approche parce que, selon elles, elle consiste à donner la permission aux gens de commettre des excès.
«Le concept de tricherie est porteur d’une certaine rigidité, explique Hargrove, et je crois que ce n’est ni nécessaire ni sage. En réalité, on peut manger de tout avec modération. Cette mentalité du tout ou rien risque d’avoir pour conséquence, au bout du compte, que la personne interrompe son programme alimentaire.»
Cependant, d’après les résultats d’une étude publiée en 2008 dans le New England Journal of Medicine, les programmes de perte de poids doivent tenir compte des différences individuelles. Au cours de l’étude, on a comparé les effets de divers régimes (méditerranéen, à faible teneur en glucides, à faible teneur en gras) sur le poids, et on a observé qu’ils pouvaient tous donner les résultats escomptés; la clé, c’est d’adopter une alimentation qui tienne la route.









