Le poids de la dette
Les crises économiques ne font pas nécessairement maigrir. En fait, c’est bien souvent le contraire. Voici en quoi kilos superflus et dettes sont reliés.
Par Louisa Deasy
Claudine Bakker, adjointe administrative à temps partiel est découragée. Depuis des années, cette mère de deux enfants essaie, sans succès, de perdre du poids. En réalité, elle prend près de 2 kilos par année et pèse actuellement 10 kilos de plus que son poids idéal.
Son combat contre les kilos superflus se double d’une autre bataille, celle de contenir ses dettes. Elle n’arrive pas à se libérer d’un emprunt personnel qu’elle a contracté depuis des lustres et le solde de sa carte de crédit atteint des sommets inégalés. Comment se fait-il qu’elle ne vient pas à bout ni de kilos superflus ni de ses dettes?
Jay Zagorsky, chercheur à l’université de l’Ohio, pense connaître la réponse à cette question. Après avoir mené une étude approfondie d’une durée de 15 ans et à laquelle 7000 personnes ont participé, son équipe a mis au jour un lien significatif entre le poids d’une personne et l’état de ses finances.
Les chercheurs ont notamment découvert que les personnes qui réussissaient à mincir voyaient leurs avoirs augmenter considérablement. Dans l’étude, les femmes qui avaient réussi à perdre 10 points sur l’indice de la masse corporelle (IMC) se sont par ailleurs enrichies de plus de 11 000$ US.
«À bien des égards, la perte de poids et l’épargne reposent sur les mêmes concepts», explique Zagorsky. Voici comment ils sont liés.
1. Régime et budget exigent de savoir prendre des décisions judicieuses
C’est un principe simple que Peter Walsh, auteur de Does This Clutter Make My Butt Look Fat? (Simon & Schuster, 11,68$), voit souvent à l’oeuvre. Son livre a permis à des milliers de personnes de réorganiser leur intérieur et, en cours de route, de modifier leur comportement vis-à-vis la consommation, la perte de poids et les dettes.
«On ne prend pas du poids parce qu’on a du chocolat ou un burger devant soi, explique-t-il. On grossit, accumule des dettes et des tonnes de choses inutiles à cause des décisions que l’on prend à propos de la nourriture et des dépenses. Votre maison, votre esprit, votre cœur et vos hanches sont étroitement liés. Tout se joue au niveau des décisions que vous prenez. »
2. La consommation est une gratification instantanée
Dans une culture ou la consommation règne en maître, il n’y a rien pour nous encourager à attendre après quelque chose ou à y renoncer. Il n’est peut-être pas étonnant, dans ce contexte, que les pays où le taux d’obésité est élevé soient aussi extrêmement endettés.
Entre les années 1970 et 2000, le taux d’obésité aux États-Unis a grimpé de plus de 110%, tandis que l’épargne des particuliers chutait de 83%. Comme la Finlande et l’Espagne, les États-Unis ont l’un des taux d’obésité les plus élevés au monde et l’un des taux d’épargne les plus faibles.
Malheureusement, le Canada suit de près. Selon Statistiques Canada, 46% des femmes sont en surpoids. De plus, la majorité d’entre nous sommes lourdement endettés. Entre 1999 et 2005, le poids de la dette des familles canadiennes s’est accru de 38%.
3. Dépenser, et manger, constitue pour beaucoup une solution miracle
Contrairement à autrefois, où cuisiner demandait des efforts et où les aliments gras occupaient peu de place dans l’alimentation, les produits alimentaires riches et bon marché sont omniprésents. Et, par comparaison, c’est de résister à la tentation qui demande des efforts.
Le docteur Rick Kausman, auteur de If Not Dieting, Then What? (Allen & Unwin, 29,95$), écrit : «De nous jours, tout le monde cherche la solution miracle et, pourtant, seuls les efforts soutenus permettent de perdre du poids.»
Peter Walsh abonde dans son sens. «Pour changer vos habitudes, vous devez prendre les moyens qu’il faut. Si vous quittez la maison affamée et que le frigo est vide, il y a de fortes chances que vous achetiez des mets à emporter à l’aller ou au retour.»

















